« Baky koupab » : tuer l’agresseur sexuel de sa fille est-il justifiable ?

koupab Baky original
Photo : Baky https://twitter.com/realbakypopile/status/970347620899139584

Le dernier titre du rappeur Baky Popilè intitulé koupab, en collaboration avec T-Jo Zenny, agite la toile à un rythme impressionnant moins de 24 heures après sa sortie. C’est par le biais d’un tweet de Tim Valda, toujours très attentive au traitement accordé à la femme dans le milieu musical haïtien, que j’ai pris connaissance tôt ce matin de la sortie de ce morceau.

Au-delà des félicitations qui viennent de toutes parts pour saluer ce qui se veut être un pas en avant dans la lutte contre toutes les formes de violences faites aux filles, adolescentes et femmes, notamment les violences sexuelles, l’on peut se demander si l’homicide de l’agresseur serait excusable ou défendable ?

À travers Koupab, Baky semble justifier le meurtre de l’agresseur sexuel de sa fille plus qu’il ne dénonce la violence subie par cette dernière. Bien que ce second aspect reste quand-même présent dans le contenu de ce nouveau son, force est de constater qu’il s’agit plus du portrait d’un père prêt à tout pour le « bien-être » de sa fille, pouvant aller jusqu’à tuer son bourreau sous les yeux de celle-ci, quitte à être condamné à une peine de 10 ans de travaux forcés.

Mais, assister à un tel meurtre n’impliquerait-il pas des risques de perturbations – ne serait-ce que psychologiques – chez la fille déjà en situation de vulnérabilité eu égard aux actes d’agression dont elle a été victime de la part de son beau-père ? Cette situation n’engendrait-elle pas un état de surtension psychique chez elle ? Évidemment avec du recul, certains diraient qu’il devient facile de se poser toute sorte de questions. Toutefois, ce n’est nullement une raison pour laquelle on ne doit pas se les poser.

Évidemment, il faut dénoncer et condamner toutes les formes de violences subies par les femmes. Mais ici, le propos est de se demander si une cour ou un tribunal doit faire preuve de clémence face à un meurtre perpétré contre un agresseur sexuel ou un violeur, notamment quand le meurtrier plaide coupable comme c’est le cas du personnage campé par Baky dans sa chanson.

En quoi une plaidoirie axée sur le pathos constituerait le levier privilégié pour l’obtention d’une telle clémence ? En quoi peut-il y avoir une articulation entre le droit et la morale ? Quel est le fondement de la décision d’une chambre d’accusation du Texas, dans le sud des États-Unis, qui a blanchi un père ayant tué l’agresseur sexuel de sa fille ?

Le clip qui sert de support à la chanson de Baky laisse quelques éléments en suspens. Il va de soi qu’il reviendrait donc à chacun de se positionner, de se faire sa propre idée, même si la suggestion de ce morceau est évidente. Les points de vue de différents acteurs peuvent s’avérer utiles pour nourrir le débat sur cette situation dont plusieurs cas similaires ont déjà été signalés ailleurs. Avocats, sociologues, psychologues, philosophes, religieux entre autres pourraient faire avancer la réflexion.

Somme toute, au-delà de ma préoccupation sur le rap de Baky – devient-il trop prévisible et stéréotypé ou s’agit-il d’une originalité ? – Son dernier titre, loin d’être novateur si l’on tient compte du chef-d’œuvre musical baptisé Nanou que nous a proposé Jean Hérard Richard (Richie), arrive à point nommé à l’approche du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

Matt

Auteur : Jeff Cadichon

Docteur en psychologie clinique et psychopathologie.

6 réflexions sur « « Baky koupab » : tuer l’agresseur sexuel de sa fille est-il justifiable ? »

  1. Moi aussi, je serais coupable, oui, tout comme Baky et ceci sans regret et sans remord. Je le ferais encore si la situation se présente.
    On a un problème non seulement en Haïti, mais partout dans le monde. Beaucoup de gens (hommes ou femmes) commettent des agressions sexuelles parce qu’il savent qu’ils vont échapper toute conséquence pénale. Et il y en a beaucoup de femmes qui se sentent honteuses de parler ou de faire savoir ce qui se passe. Courage les dames, je vous respecte, mais il va falloir plus de protection pour les femmes, il faut que ces connards sachent qu’ils ne doivent pas jouer avec le bien-être social et moral et la dignité humaine ainsi. Mwen koupab!

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    1. Bon sa ki pase a se yon bagay tout moun ka ajoute yon mo mwen menm pèsonèlman palan mkapab di mwen koupab nan sans saa tou dèfwa gen de sitiyasyon ki parèt prezans ou kwèm si moral ou pa wo oubyen ou son moun ki pavle gache avniw ki pavle pèsòn jwe ak dinitew gen de bagay san ezite ke wap fè et ki ka fè ou tou fini nan sosyete a

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  2. m tap fel refel refel refel refel refel refel refel refel refel refel refel refel refel . pa gen okenn zuzu ki pou ta fet la. si m nan on peyi ki gen justice e ki pa nan griyen dan ak vole, asasin, ok. ma fe lapolis arete neg sa. men si se la en Haiti ( le pays dans lequel on venere les meurtriers, on protege les voleurs, et on encense les malfaiteurs de toute sorte), SE PA BAL SELMAN M TAP BAY. NO SITIRANS !
    lew gen piti fi wa konpran !!!!!!!

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  3. Bonsoir,

    J’ai lu votre pamphlet avec intérêt. Il semble (me) parler ainsi : À travers ce tube, Baky veut dénoncer les « violences faites aux femmes », mais il est passé un peu à côté de la plaque ! Deux extraits supportent cette idée : 1. « (…) pour saluer ce qui se veut être un pas en avant dans la lutte contre toutes les formes de violences faites aux filles, adolescentes et femmes, notamment les violences sexuelles, (…) » et 2. « À travers Koupab, Baky semble justifier le meurtre de l’agresseur sexuel de sa fille plus qu’il ne dénonce la violence subie par cette dernière. »

    Sur ce point, je pense que vous ratez l’objet de votre critique parce que la chanson de Baky ne s’inscrit nullement dans une perspective de lutte contre la « violence faite aux femmes ». Rien ayant rapport à cela n’y est dénoncé ! Il s’agit tout simplement d’une mise en scène exposant l’amour d’un père pour sa fille et le sacrifice qu’il est prêt à faire pour assurer son bien-être et sa protection. En d’autres termes, les agressions sexuelles que subit sa fille ne sont pas abordées comme problématique sociale à adresser, mais comme (simple) danger qui menace la vie et la sécurité de sa fille chérie. Ceci dit, c’eût pu être n’importe quel danger – le fond de la chanson étant de montrer son attachement à sa fille et le fait qu’il est prêt à tout pour la protéger. Et là, on est aussi et surtout plongé à fond dans l’émotionnel et le sentimental. Il faut savoir identifier ce qu’on appelle l’IDÉE DIRECTRICE d’une œuvre. Encore une fois : le fond de la chanson ne vise nullement une dénonciation d’une réalité sociale problématique. La séquence d’une petite fille agressée sexuellement dans la scène ne veut pas logiquement ou nécessairement dire que la chanson traite de « violence sexuelle » ou de « violence faite aux femmes » ! Et on ne peut pas en vouloir à l’artiste de porter son travail sur tel registre et non sur tel autre ! Il est libre de choisir ce sur quoi porter son travail !

    Ce que j’essaie de vous dire en filigrane, c’est que vous ne pouvez pas critiquer l’artiste d’avoir mal abordé un objet qu’il ne s’est même pas donné l’objectif d’aborder ! Cet objet-là ; la « violence faite aux femmes » n’est que pur produit de la critique. La critique aurait aimé que l’artiste l’aborde, mais il ne l’a pas abordé tout simplement ! Pas de drame !

    Autre chose : le titre de l’article ne reflète pas la réalité de l’acte de Baky dans sa complétude. Baky intervient avec une arme pour secourir sa fille. L’agresseur fonce sur lui. Il l’abat (ré-auditionnez la chanson). Baky s’est donc défendu ! On peut toujours agiter le débat sur la question de la légitime défense par rapport à son acte. Car il y a asymétrie de forces : l’agresseur n’était pas armé. Mais le présenter comme simple meurtre n’est pas fidèle à la scène.

    Votre quatrième paragraphe (à travers les multiples questions que vous vous faites) laisse comprendre qu’il serait toujours possible, dans une tentative de protéger un enfant traumatisé de son agresseur, de ne pas tuer devant lui ! Mon ami, il est aussi possible que vous n’ayez aucun choix mon frère ! Etait-ce le cas dans la scène de Baky ? On peut toujours en discuter. Mais vos questions nous injonctent en substance de toujours réfléchir aux conséquences traumatisantes de cet acte sur cet enfant qu’on est censé protéger avant de le commettre. Cela n’a de sens que dans un cas de pré-médiation !

    Puis : justifiable par devant qui ? Par devant quoi ? « À travers Koupab, Baky semble justifier le meurtre de l’agresseur sexuel de sa fille », écrivez-vous. Il y a deux registres dans la chanson par rapport à la question de la justification : le registre juridique et celui d’une certaine morale : le devoir de protéger sa fille. Vos développements laissent voir que votre question s’inscrit dans le registre du droit. Mais sur ce point-là, comment pouvez-vous reprocher à Baky de vouloir justifier son acte s’il se déclare lui-même coupable ?! Qu’un tribunal le condamne n’est pas sa préoccupation. Il le dit très clairement dans la chanson ! Baky est bien sûr dans une démarche apologétique de son acte. Mais il est plutôt dans un registre moral de devoir paternel !

    Pour conclure, cette chanson ne traite pas de la violence sexuelle sur mineure. Quoique la scène puisse agiter la question – et de fait l’agite déjà –, il ne s’agit pas dans le texte d’adresser cette problématique. Il n’est question que d’un père, guidé par l’amour qu’il porte pour sa fille, qui va jusqu’à tuer pour la protéger. Ceci étant posé, je pense que vous avez raté votre cible.

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    1. Je salue votre démarche qui est d’une grande pertinence. Vos idées sont bien articulées. Vous êtes agréable à lire. Toutefois, en parcourant votre raisonnement, je ne suis pas sûr d’être bien compris ou je me suis peut-être pas exprimé assez clair. Comme je l’ai déjà mentionné ailleurs, mon court texte se propose de dépasser la perspective exclusivement juridique même si celle-ci constitue un pilier sur lequel repose la chanson. En outre, mon propos ne se veut pas foncièrement une critique du choix de Baky. J’ai souhaité faciliter un entrecroisement d’idées (contradictoires), quitte à questionner certains choix de l’auteur. Je pense que vous y allez un peu trop vite.

      Permettez-moi de revenir sur quelques points de votre argumentation qui, malgré sa portée, me parait abusive. D’abord, je suis parti de quelques réactions qui saluent un effort pour dénoncer les violences faites aux filles, adolescentes et femmes. Par exemple, vous pourriez consulter le lien relatif au tweet dont je parle au début, inséré dans le texte à juste titre. Il s’agit selon moi d’une restitution afin de passer à ce qui est ma préoccupation première : « l’on peut se demander si l’homicide de l’agresseur serait excusable ou défendable ». C’est cela l’angle de traitement de mon texte. Votre compréhension de départ ne traduit pas ma pensée.

      Le second exemple à travers lequel vous essayez d’asseoir l’idée que je me suis trompé d’objet est une conjecture. Alors que je mets en relief que l’auteur privilégie les motifs de son choix plutôt que de dénoncer les violences faites aux femmes, vous supposez que je le critique d’avoir mal abordé ce dernier point. Vous avez tout faux.

      Par ailleurs, j’assume l’idée que l’auteur traite aussi des violences subies par les femmes. Le texte s’inscrit dans un contexte. Et l’auteur semble l’avoir compris. Même si sa préoccupation majeure est de montrer jusqu’où il peut aller pour protéger sa fille (ce que j’ai évoqué avec clarté au 3e paragraphe), il n’en demeure pas moins que – par les temps qui courent – dans l’imaginaire collectif ce morceau peut faire écho à la lutte contre les violences faites aux femmes. D’ailleurs, le message que l’auteur fait passer à la fin du clip (voir lien inséré représenté par le mot koupab dans la première phrase) soutient cette idée.

      En définitive, je pense que c’est votre commentaire qui est passé à côté de la plaque, même si je reconnais que mon billet reste perfectible.

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      1. Merci de votre appréciation. Je peux tout aussi dire pareil vous concernant. Je veux juste rebondir pour dire ce que ci-dessous :

        1. L’angle de traitement de votre texte : « l’on peut se demander si l’homicide de l’agresseur serait excusable ou défendable ». Là, vous êtes dans un registre juridique. Le développement de vos idées le laisse suggérer sans équivoque. Alors que l’auteur se fout pas mal de ce qu’en décidera la Justice ; les Tribunaux, etc. Lui, il est plutôt dans une démarche de justification morale et ontologique devant son amour pour sa fille et son devoir de père de la protéger. C’est là d’autres maximes d’actions et de réactions qui ne collent nécessairement pas au Droit, à la Justice juridique ! Donc questionner l’acte de Baky au regard de ce registre en occultant celui dans lequel il se situe est à mon sens rater l’essentiel de son œuvre !

        2. Désolé, mais encore une fois : l’auteur ne traite nullement de violence faite aux femmes dans sa chanson. La scène d’agression sexuelle que subit sa fille n’est qu’un danger (parmi d’autres) auquel sa fille pourrait être exposée. Elle [cette scène] ne sert ici que d’une situation pour mettre en exergue la volonté ou l’instinct défendeur du père super-soucieux vis-à-vis de sa fille. Ceci dit, si on remplace la scène d’agression par une autre situation menaçant la sécurité et le bien-être de la fille, cela ne changera rien à ce qui constitue la FONDAMENTALITÉ de l’œuvre qui est de monter le sens du DEVOIR et d’AMOUR d’un père envers sa fille. C’évident que la situation choisie (la scène d’agression sexuelle) donne une sensibilité particulière à l’œuvre, mais elle ne constitue pas sa fondamentalité ! Car dans quelles mesures Baky traite de la problématique de la violence faite aux femmes dans son texte ? Comment l’aborde-t-il ? Comment pose-t-il cette problématique ? Où se trouvent les dénonciations faites ? Que propose-t-il ? En d’autres termes, dans quelles mesures la violence faite aux femmes est abordée comme problème social dans son œuvre ?

        Camarade, je peux bien citer votre nom dans une conversation que j’ai avec quelqu’un sans pour autant être en train de parler de vous !

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